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Les bastides de la Lomagne
Beaumont de Lomagne
Lavit
Larrazet
Un phénomène européen...
Dans les Sud Ouest de la France la bastide (ville neuve, peuplement nouveau) est une ville de fondation du XIIIe siècle implantée selon un plan orthogonal et ordonnée autour d’une vaste place. Cette bastide se distingue alors de celle du Midi Provençal, qui correspond à une maison forte, à une demeure campagnarde ; les bastides provençales sont apparues au XVIe siècle et ont vu leur plein épanouissement aux XVIIe et XVIIIe siècles.
Ces villes nouvelles dans le Sud Ouest pouvaient résulter d’une création sur des terrains possédés directement par le bâtisseur ou bien sur des terrains que le suzerain acquiert par cession ou en paréage. Le contrat de cession ou de paréage qui modifie le statut juridique du foncier fait suite à l’octroi d’une charte de franchises ou de coutumes donnant statut à la population qui vient s’installer dans la nouvelle ville.
Les bastides se situent normalement en hauteur (sur un pech dont les pentes fournissent une enceinte naturelle) ou près d’une rivière (respectant à la fois l’axe parallèle à la rivière et l’axe perpendiculaire à la rive à franchir).
Deux phénomènes précédent l’éclosion du mouvement de villes neuves en Europe : l’essor démographique et l’aspiration de liberté et de sécurité (que ce soit sous les auspices de l’Eglise ou des seigneurs). Les sauvetés et les castelnaux sont de fondations antérieures qui témoignent de ce mouvement d’occupation humaine avant la création des bastides.
Il y a deux événements historiques qui vont accélérer le développement des bastides dans le Sud Ouest de la France : la croisade contre les cathares (début du XIIIe siècle) et les dissensions franco-anglaises (fin du XIIIe siècle).
EN LOMAGNE TARN ET GARONNAISE …
Au XIIe siècle la Lomagne était un pays particulièrement boisé mais avec une très large ouverture sur le fleuve et dotée de plusieurs routes de crête ou transversales. Il n’y avait pas de ville, seulement de petits groupements de population rassemblés en hameaux, dans le voisinage des premiers sanctuaires ou des premières tours féodales. Ils ne bénéficiaient d’aucune protection et ne possédaient aucune structure. Il s’agissait donc d’un habitat vulnérable et inorganisé.
Pour loger les populations qu’ils attiraient sur leurs terres, pour les défricher, les cultiver, fabriquer ou commercer, les seigneurs laïcs et religieux procédèrent à une opération d’urbanisme sans précédent, créant des agglomérations dont ils assurèrent la protection et aux habitants desquelles ils donnèrent progressivement la possibilité de s’organiser et de se gouverner sous la tutelle seigneuriale. D’abord furent les sauvetés et les castelnaux, ensuite les bastides.
En Aquitaine le mouvement des sauvetés commence vers le milieu du XIe siècle, mais il fallut attendre la première moitié du XIIe siècle pour qu’il s’amorce en Lomagne où il ne dépassera pas trois ou quatre fondations (St. Sardos en 1122, Auvillar avant 1135, St. Nicolas de la Grave en 1135). On peut considérer le mouvement de sauvetés comme un commencement d’urbanisation.
En ce qui concerne les castelnaux, en Lomagne il faut distinguer ceux qui furent murés (Marsac, Le Causé, Esparsac, Lachapelle) et ceux qui restèrent ouverts (Puygaillard, Asques, Balignac, Mansonville). Il y eut aussi des castelnaux planifiés et conçus pour une vie urbaine où l’artisanat et le commerce auraient leur place et dont le peuple assurerait l’administration sous la tutelle du seigneur (Faudoas, Montgaillard, Poupas, Le Causé). Les castelnaux planifiés, assez nombreux, témoignent du développement urbain de la Lomagne au Moyen Age.
La fondation des bastides constitua la dernière étape de l’urbanisation de la Lomagne. Les bastides qualifiées comme telles par les textes sont Beaumont de Lomagne, Lavit et Larrazet. Auterive et Escazeaux seraient d’anciennes granges de l’abbaye de Granselve érigées en bastides, tandis que Gariès serait une bastide seigneuriale.
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LEXIQUE
Plan orthogonal : la ville idéale selon Eiximentis au XIVe siècle est une ville au plan orthogonal, avec un découpage géométrique de l’espace. Le plan de la bastide fait de la place l’élément à partir duquel les parcelles sont reparties en îlots (moulons), lesquels sont délimités par le quadrillage des rues. Chaque habitant disposait d’un lot à bâtir et d’un jardin.
La place est en relation avec les principales rues et regroupe les fonctions administrative et politique (présence de la maison consulaire et de la maison du bayle) ainsi que la fonction économique (les marchés y ont lieu, normalement sous une halle). L’église est en général écartée de la place.
La cession résulte d’un acte qui établit le suzerain comme le seul possesseur des terrains.
Le paréage est un contrat passé entre le seigneur souverain et un ou plusieurs associés laïques ou ecclésiastiques. Le partage des fruits de la future bastide est envisagé dans un contrat considéré comme signé à perpétuité.
Charte de franchises : une fois l’acte de cession ou le contrat de paréage signés, les traceurs sont invités à planifier la bastide et délimiter les lots à répartir entre les habitants qui se présenteront. Ensuite il s’agit de faire venir les habitants et pour cela il leur est proposé un lot bénéficiant d’un contrat perpétuel et du droit de vente, sous réserve d’une redevance annuelle. A ce moment-là une charte de franchises leur est octroyée (en début sont placés les articles concernant des privilèges sur la liberté des personnes), tenant compte des coutumes locales en vigueur. Cette charte détermine les modalités de l’administration de la bastide et de la structure municipale (dont le bayle et les consuls vont être les éléments représentatifs).
Sauvetés : juridiction rurale jouissant, sous l’autorité de l’Eglise, de l’immunité de la « paix de Dieu » (mouvement né en Aquitaine en 989). Les sauvetés furent créées pour servir de refuge et pour procéder au défrichement des terres.
Castelnaux : les châteaux créés aux XI et XIIe siècles donnèrent souvent naissance à des petites agglomérations spontanées qui, entourées d’un mur adossé à celui du château, constituèrent des castrum parfois minuscules. Les castelnaux évolués finirent par se confondre avec les bastides. |
POUR PLUS D'INFORMATIONS
Site Centre d'études des bastides
BIBLIOGRAPHIE
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